Gilles Courteau doit se récuser…

2010-01-27

Maintenant que le dossier Patrice Cormier prend la route de la ‘cour d’appel’ de la LHJMQ, il appartient à ce circuit d’être le plus transparent possible dans la conduite finale de ce dossier, sur le plan du sport. Les tribunaux pénaux et civils se chargeront du reste, s’il y a lieu.


Et maintenant que la thèse de l’appel prévaut, les dirigeants du circuit ne pourront, en rendant leur verdict, se cacher derrière les possibles recours judiciaires pour ‘omettre’ d’expliquer sur quelle base leur décision face à Patrice Cormier est prise.


Donc, les Huskies vont en appel de la sentence Bolduc dans l’affaire Cormier. Pourquoi les Huskies vont en appel ? D’abord parce qu’il n’y a pas encore de réelle sentence. Pour le moment, on se contente de dire à Cormier : tasse-toé mon oncle, le temps que ton club est en mesure de jouer en saison et en séries et quand ce sera fini, tu sauras alors c’est quoi ta sentence. Ce sera le nombre de match joués par ton club depuis le 17 janvier. Plus évasif que ça, tu meurs !

Patrice Cormier - photo Jean Lapointe
On ne voit pas ça dans nulle cour de justice, une sentence qui n’en n’est pas une tant que les choses ne sont pas finies et qu’ainsi, ce sont ces choses qui décideront de la sentence, et non le juge en première instance. J’ai plus de 40 ans de métier et j’en ai vu des causes se plaider, des sentences se donner en palais de justice, mais aussi vagues qu’imprudentes, jamais. Des mauvaises sentences, oui. Mais au moins elles avaient le mérite d’être claires et pouvaient être corrigées en appel

Pourquoi vont-ils en appel ? Il leur appartenaient de démontrer en noir sur blanc qu’ils veulent protéger leur investissement. Car Cormier leur a coûter relativement cher et les Huskies doivent en payer le prix sur plus que l’actuelle saison et les prochaines séries. Ne pas au moins tenter de protéger cet investissement aurait été une insulte aux détenteurs de billets de saison et aux commanditaires de cette formation, tout en disant alors à Cormier de s’en aller passer le reste de l’hiver au Cap Pelé et de jouer sur la patinoire extérieure de l’endroit.

Pourquoi vont-ils en appel ? Les motifs expliqués par André Tourigny sont fort clairs, outre le fait que la sanction soit excessive, ce qui est déjà une raison en soit. Depuis 2008, la LHJMQ a engagé, dit-elle, une lutte sans merci à ce qu’on appelle la violence gratuite dans son circuit pour ainsi protéger les joueurs contre les abus à leur endroit. Grand bien lui fasse. Certaines décisions que je qualifierais de timides sont apparues depuis, avec toujours un pan de mur du discours anti violence.

Raymond Bolduc
Ainsi, un coude est passé de une ou deux parties à cinq parties. Une bagarre contre quelqu’un qui ne veut pas se battre passe de un à sept matchs. Un double échec au visage passe de 5 à 15 parties. Une mise en échec par derrière avec assaut, créant convulsions et tout ce qui s’en suit passe de 2 à 4 parties. Comme on dit, les nouveaux barèmes s’installent. Timidement, mais ils s’installent. Les joueurs doivent apprendre à se maîtriser. Le message est clair et doit passer.

Sauf que là, voici un coup de coude – qui n’est pas le premier du genre – par un joueur connu, dans un match ultra suivi, entre deux équipes réputées, avec des images à faire trembler et la LHJMQ se voit servir sur un plateau d’argent une ‘occasion de se démarquer’. Ce qu’elle aime faire, d’ailleurs. Et comme prime ? Tout ce qu’il y a d’écrivains, de columnists, de bien pensant, et même la ministre des Sports, qui s’en mêle. La table est mise sur des faits et des faux fuyants.

Voici l’occasion publicisée à la grandeur de la planète, à l’effet qu’il faut sortir du hockey un bum de Cap Pelé, un homme des caverne, un criminel, un meurtrier, un assassin, - est-ce que j’en oublie – pour un geste regrettable, dangereux et intolérable. Parce que c’est un geste malheureux, dangereux et intolérable.

André Tourigny
On a fait pression sur le juge de première instance, - même s’il s’en défend - allant même jusqu’à suggérer qu’il n’y avait pas de cause, ou même que par la seule vidéo, la cause était entendue. Les gangs de rues ont plus de droits que ça. Un déni de justice dans le plus fort du terme. Je n’entends pas ici juger du travail de Raymond Bolduc. J’ai trop de respect pour l’homme et sa fonction. Mais j’ai droit – comme les Huskies – de croire qu’il a manqué le bateau, manqué l’occasion d’établir un barème pour l’avenir, un barème sévère mais raisonnable.

Si un double échec au visage, prématuré, donne 15 matchs minimum pour une première offense, un coup de coude au visage dans le genre vu le 17 janvier, peut-il valoir 30 matchs minimum pour une première offense ? Or, dans la LHJMQ, 30 matchs, c’est à 4 matchs près, une demi saison. Pour une première offense, c’est déjà dans les sanctions les plus sévères dans tout le hockey junior au Canada. C’est 15 fois plus sévère que les 2 matchs donnés à celui qui, le lendemain soir, plantait Pascal Dupuis dans la LNH.

André Tourigny a raison de dire que la LHJMQ veut faire payer par un joueur – vedette par surplus – tous les vices et tout le laxisme du hockey nord-américain d’un seul coup. À preuve : si la FIHG avait sévi au dernier Championnat du monde, l’événement serait-il survenu le 17 janvier à Rouyn ? Si les coups similaires ou à portées plus ou moins égales avaient été punis dans le temps, les Lafontaine et Lindros, pour ne nommer que ceux-là, joueraient-ils au hockey aujourd’hui ?

Là, parce que l’on veut se montrer comme une ligue modèle – et je n’ai rien contre –, on décide de la peine capitale à un joueur de hockey et à son organisation, pour un geste dangereux et intolérable, un joueur qui en est à sa première infraction majeure en 4 ans dans la LHJMQ, et tout ça, pour en faire un exemple ? Pour faire passer un message ? Vous ne pensez pas qu’avec 30 matchs, le message aurait été aussi clair ? C’est énorme, c’est abusif, c’est excessif, cette ‘non sentence’ prononcée lundi. Surtout qu’elle ne se mesure pas dans le temps.

Oui, ça paraît bien. Éditorialistes et intervenants applaudissent. La ministre des Sports sort de sa cachette en s’affichant comme la leader, l’apôtre de l’anti violence au hockey au pays, et chacun ferme les lumières et va dormir. C’est réglé. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Mon œil !

La LHJMQ aurait atteint les mêmes objectifs avec une réelle sentence, quantifiée, expliquée, précisant que c’est le nouveau barème minimal pour tel geste. Cormier aurait compris et les autres membres de la LHJMQ aussi. Trop, c’est comme pas assez. Et dans le cas qui nous préoccupe, c’est trop. Beaucoup trop. Excessif. Abusif. Le bourreau est aussi dévastateur que le condamné. Et comme le sous-entend André Tourigny, on veut – par l’entremise de Patrice Cormier – régler le laxisme des dirigeants des 50 dernières années années, et la violence inutile des joueurs dans ces mêmes 50 années. Inacceptable.

D’autant plus que personne n’avait été avisé qu’à partir de telle date, tout geste dangereux et intolérable subirait une sentence exemplaire. Abus de pouvoir ?

Enfin, considérant que le juge de première instance a rendu son verdict avec à ses côté le juge en chef de la cour d’appel de la LHJMQ qui l’a félicité pendant une demi heure, qui a vanté la décision de la ligue sur toutes les tribunes, j’estime que ce juge en chef de la cour d’appel (Gilles Courteau) de la LHJMQ n’a pas la compétence, le recul nécessaire pour recevoir et entendre l’appel.

Après tout ce que Gilles Courteau a dit lundi, croyez-vous un seul instant qu’il va réduire d’un seul match la sanction Bolduc ? Il y a sinon conflit d’intérêt, apparence de conflit d’intérêt majeur. Tout crédible puisse-t-il être, il s’est peinturé dans le coin dans ce dossier et il se doit de se récuser et de faire nommer une personne en dehors de la LHJMQ pour recevoir, entendre et rendre décision dans l’appel des Huskies.

Il y a des magistrats au Québec qui connaissent le sport, et même, pour porter un jugement sain. Pas obligé d’être mêlé ou d’avoir été mêlé dans le sport. Gilles Courteau a été imprudent – et ceci est dit avec respect – de participer à la conférence de lundi. Y être, en silence, vu la possibilité d’appel, eut été acceptable. D’autant plus que c’et lui qui a annoncé le droit d’appel des Huskies. Mais son acceptation de la décision et tout ce qui s’en suit le rend inapte à recevoir et entendre la cause, en toute justice et en toute transparence.

Il doit avoir le courage de se récuser. Comme dans tout palais de justice en matière pénale ou civile. Faute de quoi, Patrice Cormier, les Huskies et le hockey en général pourront toujours se demander si la vraie justice a été rendue.

P.S. : si l’appel renverse et/ou modifie la décision Bolduc, il ne doit pas y être vu un blâme. Les juges de première instance se font renversés tous les jours au pays et leur compétence n’est pas remise en cause. Même chose pour Raymond Bolduc. Il a trop de vécu pour que l’on ignore sa haute compétence. Mais il a le droit de se tromper et il a aussi le droit de voir une décision être renversée. Ce n’est pas un déshonneur.




 

En archives


redaction@lehockeyeur.com

Liens: Ajoutez votre lien ici | JournalSport.ca

À découvrir:

Travailleurs autonomes: CETA | Agenda Pour Les Profs.com | iJam | Bientôt: Votre Arbre généalogique!